• Passeport sanitaire: une troublante perspective...

    La perspective déconcertante du passeport sanitaire...

    Avant toute chose, premièrement, nous ne répéterons jamais assez que la santé est l’élément constitutif de l’être humain qui va pouvoir avoir cette faculté physique et intellectuelle de bouger, de s’alimenter, de penser, de jouir de ses droits ou encore de discerner le bien du mal, le vrai du faux et la vérité du mensonge. Chaque personne a une responsabilité morale sur sa santé, et je suis pour dire que la vaccination entre dans ce cadre pour lutter contre une quelconque forme de maladie ou d'infection. Ce doit être une décision prise au sérieux et non pas avec des suppositions qui défient inutilement la science. 

    Et deuxièmement, dans ce post, il n’y aura aucune volonté de sous-estimer l’ampleur de ce virus qui a endeuillé des milliers de familles en France et dans le monde. Nous devons nous souvenir de ces victimes frappées par la brutalité sans pareille de ce virus et avoir en tête que ce vieux réflexe pavlovien du sensationnalisme autour d’une hécatombe sociétale causée par ce virus ne feront pas revenir les morts et n’aideront pas à reconstruire le tissu social et la solidarité dont nous en avons tant besoin mais si souvent déchirés par des prophètes de malheur uniquement par souci d’audience et de chiffres. Nous devons surtout le respect aux personnels soignants, résistant pour faire tenir tout un système. 

    * 

    Reconnaissons-le, nous sommes dans un contexte troublant voire déroutant. 

    Ce passeport sanitaire, un certificat attestant administrativement et juridiquement avoir fait deux doses de vaccin anti-coronavirus, va profondément modifier les choses sans réellement interpeller les pouvoirs publics, autres que le pouvoir exécutif. Les structures qui le composent sont extrêmement contraignantes et complexes au niveau social et économique après déjà 1 an de décisions coercitives plus exténuantes les unes des autres, à tel point où l'on pourrait soupçonner la France, caractérisée par son système centralisateur, d'apprécier le trop plein de règles qui minent pourtant l'émergence d'une société plus dynamique. 

    Ne considérons pas cette mesure comme une simple décision publique mais plutôt comme un changement profond non-négligeable, un accélérateur d'inégalités, où l’on empêche désormais les non-vaccinés au Covid-19 d’accéder à certains (pour ne pas dire la totalité) des lieux ou événements publics sous peine de sanctions. 

    A moyen et long terme, ce qu'il faut savoir c'est que ce passeport vaccinal fait fi des réalités du terrain : nous pouvons citer l’organisation logistique fastidieuse voire laborieuse de ces contrôles par différentes structures -publiques ou privées - qui n’auront pas toutes forcément les bases, ni les compétences, ni les moyens humains et matériels de faire respecter cette restriction ; également les moyens économiques ou financiers considérables d’une telle régulation à grande échelle à l'aube de crises financière, sociale et écologique qui s'annonce ; enfin, il y a la question des inégalités économiques de cette mesure, par exemple, au sein des quartiers populaires où les habitants sont les plus réticents à une telle restriction et au-delà à tout un ordre systémique qui les a trop longtemps désavantagé et stigmatisé, et nous savons particulièrement que les amendes seront ordonnés à tels endroits alors que, au-delà même de ces quartiers, convaincre et sensibiliser auraient largement suffit.

    Cette mesure est tout à fait martiale avec des discriminations qui seront nombreuses : en cas de non-respect de la présentation de ce passeport, une personne pourra être condamné jusqu'à 1 an de prison et 45 000€ d’amende, ce qui remet considérablement en question le respect de la dignité humaine, de la libre circulation des personnes (article 13 de la déclaration universelle des Droits de l’Homme) et du secret médical de chacun. Il faut également parler de l'activité économique où certains salariés seront carrément privé de rémunération tant que deux doses n'auront pas été fait. 

    Ce sont donc bien les libertés fondamentales et l’activité économique de la Nation qui sont remises en cause quand bien même tout cela est inscrit dans les grands principes constitutionnels ainsi que les textes juridiques. 

    * 

    La contrainte a toujours été créatrice d’organisations autoritaristes. Ici, distinguons bien l'autorité de l'autoritarisme : le premier terme renvoie au respect des textes législatifs et constitutionnels tout en tenant compte des aspirations, non plus techniques, mais humaines de la population à savoir l'acceptabilité sociale d'une mesure et de ses conséquences sur tout un pan de la société ; le deuxième terme renvoie au semblant d'autorité en considérant légitime toute forme de répression morale et de brutalité sociale d'une société à des fins purement politiques. 

    Dans l'Histoire, ce dernier type de gouvernance a toujours amené des désordres multiples avec l’émergence de dissensions ou de blocages sociales en plus d'une déconnexion peuple-éliteHeureusement, par la force des choses intellectuelles et matérielles, nous avons fait reculer cet autoritarisme par un cadre juridique respectant les principes universels fondamentaux afin que les générations suivantes puissent jouir de leurs droits de circuler, de triller, de croire ou non en Dieu, de manifester ou de s’exprimer librement, tout cela sans causer de nuisance ou de tort pour aucun. 

    Ce certificat est donc d'un tel chamboulement qu'il me paraît disproportionné alors nous avons déjà l'arme qu’il faut, simple soit-elle, pour enrayer cette pandémie, convaincre avec le vaccin. D’autant que ce dernier n’enraye pas scrupuleusement le virus mais sinon atténue les formes graves. 

    La vaccination oui, mais sans la contrainte. Les Etats-Unis et l’Allemagne l’ont bien compris en refusant cette politique contraire aux principes universels tout en ayant préféré la pédagogie et l’intelligence collective qui sont des procédés considérés incitatifs car plus humains, également tout en luttant contre le conspirationnisme, l'autre maladie du siècle amplifiée par les plateformes internet. 

    Par conséquent, dans les mois qui viennent, ce seront des baisses de fréquentation de lieux publics qui engendreront une énième crise économique à cause d'un pouvoir décidant seul et ne tenant pas compte de l'acceptabilité sociale, des inégalités que ce certificat engendre, ni de la nature même d'un virus qui continuera de muter en devenant difficile à enrayer quelles que soient les décisions prises. 

    Sur le long terme, cette mesure deviendra caduque et sera donc source de troubles à grande échelle.

    Passeport sanitaire: une troublante perspective...

    Avec ce pass sanitaire, je crains que nous nous trompions de combat : 

    1.     nous n’avons pas besoin d’infantiliser mais plutôt de pédagogie, d’appel à la discipline et de décisions tenant compte de l’acceptabilité sociale et de la gravité de ces mesures sur la psychologie humaine, spécifiquement chez les jeunes. Nous avons un peuple qui demande l’inverse de ce qui est fait par les élites : être entendu sur tous les sujets en préservant ce qui lui est précieux, sa liberté et son avancée démocratique. Les décideurs ne peuvent contester cette évidence à défaut d’être considérés comme « autoritariste » ou « hors des réalités », défauts si souvent reprochés en temps normal (l'abstention pendant les régionales est un exemple). 

    Il est aussi d’une bizarrerie manifeste d’instaurer la vaccination obligatoire à des soignants, un an après les avoir salués. Pourquoi la France, pays considéré comme celui de la liberté et de l’égalité prend ce virage d’infantilisation surtout contre ceux qui nous soignent ? 

    2.     nous ne pouvons pas non plus résumer une écrasante majorité de citoyens ayant scrupuleusement respecté les mesures pendant des mois par des comportements minoritaires irresponsables. En franchissant un palier avec ce pass sanitaire, nous augmentons la suspicion généralisée ainsi que le contrôle massif permanent qui transforment subtilement l’effort collectif en une sorte de séparatisme injustifié entre les vaccinés et les non-vaccinés, entre les sensibilisés et les non-sensibilisés voire entre les milieux aisés ayant accès plus facilement au remède et les milieux populaires moins sensibilisés contre le Covid... Tout cela n’était justement pas l’objectif initial recherché du président Macron et de son gouvernement qui furent opposés à la vaccination obligatoire ! 

    Cette division non pertinente risque donc d’accentuer les désordres sociaux avec, d’une part, des difficultés de gestion assez importantes pour certains établissements qui n’auront pas forcément les moyens de ces contrôles, et d’autre part, des troubles comportementaux de rejet de cette mesure un peu partout sur le territoire dans l’espace public avec, pourquoi pas, des émeutes et des affronts entre les citoyens et leur police voire carrément entre les citoyens eux-mêmes. Prévisible et irresponsable. 

    La société française n’est-elle pas déjà fracturée par des enjeux sociétaux importants autre le coronavirus tels que l’immigration, la sécurité, les inégalités, le dérèglement climatique, tout cela parsemé par une classe politique quasi absente quand il faut répondre à la population ? 

    3.     parce qu'il est idiot et caricatural de critiquer toutes les personnes non-vaccinés comme des antivaccins, des propagateurs du virus - une affirmation sans réelle donnée - ou alors comme des opposants politiques. Or, nous oublions que certains vont se faire vacciner mais s’assurent de faire leur devoir au bon moment, ou d’autres ont des problèmes de santé tels que des allergies ou des cancers qui rendent une vaccination impossible à cause d’un système immunitaire défaillant, ou encore d’autres catégories pas suffisamment sensibilisées ou gardant leur droit de faire ce que bon leur semble selon les textes constitutionnels en vigueur.

    Quant aux personnes frontalement et volontairement opposées aux vaccins, ils ont des opinions qui n’engagent qu’eux-mêmes. Surtout, il n’est pas utile de s’attarder exagérément sur ces personnes puisqu’ils ne représentent qu’une minorité. Je pense plutôt que nous devrions saluer la masse de gens qui se vaccinent au lieu d’aggraver exagérément le contexte par un agenda médiatique friand de polémiques futiles qui représente très caricaturalement, faiblement voire aucunement les réalités de terrain et le quotidien de millions de personnes. 

    Ce sensationnalisme autour d’un virus n’est ni sérieux, ni productif mais bien anxiogène en amenant l’agenda politique à changer ses décisions au gré de l'émotionnalisme du moment et non plus sur des enjeux de long terme. N’oublions pas que parmi les opposants à ce passeport sanitaire, un bon nombre est vacciné et refuse ainsi que leurs propres libertés, et celles de leurs proches et d’illustres inconnus, se voient arbitrairement et brutalement changées. 

    * 

    Je suis donc peu convaincu qu’une société de suspicion généralisée et du contrôle massif permanent amènent des résultats positifs et efficaces lorsqu’on a l’ambition de lutter contre un virus qui sera amené à évoluer sur le long terme (et pas uniquement pour le coronavirus). 

    L’année 2020 n’a eu de cesse de nous montrer que les confinements et couvre-feux, décisions publiques extrêmement brutales humainement, ont été contre-productifs en impactant, d’une part, gravement les mentalités plus sujettes à l’anxiété, à la violence et au suicide, et d’autre part, avec une économie où des milliers de personnes se retrouvaient sous le seuil de pauvreté quand les plus aisés gagnaient en fait davantage d’argent… Aujourd’hui, peut-on légitimement considérer, qu’avec l'apparition de variants, ces mois passés de sur restriction ont été efficaces ? Pas sûr, hélas. 

    Nous ne savons pas encore pour combien de temps nous aurons affaire à ce coronavirus mais ce qui est certain : d’autres formes de variants apparaitront sûrement. Et dans les années qui viennent, d’autres maladies apparaîtront à cause d’une démographie mondiale en augmentation et du dérèglement climatique qui engendreront alors d’autres modes de consommation, d’autres mouvements de populations ou d’autres guerres. 

    Convaincu aussi que la contrainte n’a jamais été une avancée dans toute communauté ou société bonnement constituéeen choisissant donc la voie du tout-sanitarisme, par ce passeport, les mois et années qui viennent seront très préoccupants où chacun devra rentrer dans une norme qu’il n’a pas voulu au départ. 

    Passeport sanitaire: une troublante perspective...

    Je pense surtout que nous aurons une démocratie décadente, séparatiste et vivant dans la peur perpétuelle sans jamais réellement innover ou avancer dans l’inconnu alors que nous devons justement accepter cet état de fait naturel. Ne pas accepter que nous ne puissions pas tout maîtriser est un état d’esprit hâtif et/ou faible, quel que soit le contexte. Est-ce l'idée et le cadre que nous nous faisons de l'avenir et des générations à venir ? 

    A nous de rester vigilant et responsable face au virus mais aussi face aux dérives que je vois venir. Malheureusement… 

    Alors que nous devions lutter contre un virus avec sang-froid et patience, nous voilà aussi bien paradoxalement que progressivement en train de freiner la vie de millions de personnes. Finalement, c’est une déconcertante perspective. 

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