• Samuel Paty : Revenir à la raison et à l'universel

    Le meurtre est une réponse injustifiable lorsque l’on est en désaccord avec autrui. Ça l’est davantage quand on touche à un enseignant qui est un catalyseur de notre réussite personnelle et collective au sein de notre société.

    Qu’est-ce qui pousse un individu de 18 ans à commettre pareil acte contre pareille personne ? Cela relève de l’ordre éducative mais surtout psychologique... ou d'une chose qui nous échappe complètement. Au final, qu'on le veuille ou non, la société est responsable de cet échec: nous n'avons pas su répondre à cette jeunesse qui dérive.

    Je le dis avec force : les religions ne s’intègrent aucunement dans cette bestialité et qu’elles ne doivent aussi nullement s’en excuser d’être des victimes perpétuelles. Il existe évidemment des personnes qui veulent faire de la religion un instrument politique ; il faut les combattre où on les trouve sur le terrain comme sur Internet, quel que soit l’arsenal juridique, à condition de respecter scrupuleusement l’ensemble des normes juridiques qui protègent les Droits de l’Homme et la liberté de culte. L’absurde est de porter le chapeau aux millions de personnes croyantes en France qui sont majoritairement bien intégrées aux problématiques de nos sociétés contemporaines : en tant que contribuables, usagers, citoyens, pour des postes de travailleurs, chefs d’entreprises, professeurs (justement !), docteurs, entrepreneurs, étudiants, tout cela en étant plus ou moins engagées dans leurs communautés, leurs entreprises, leurs services publics ou encore dans les affaires politiques, économiques et sociales.

    Pourquoi refuse-t-on autant de se focaliser sur ces personnes qui font avancer la France d'une manière ou d'une autre ? Pourquoi se focalisent-on autant sur de vaines polémiques ne débouchant sur aucune issue concrète ni favorable ? Est-ce qu’allumer des incendies produit des effets escomptés quant aux questions sensibles ?

    Ce sont des facteurs qui déchirent le tissu social et qui entravent l'Histoire d'un pays fondamentalement divers. A l’international, nous sommes jugés par notre fermeture croissante dans le temps ainsi que par l'autoritarisme des pouvoirs publics sur ses fonctions régaliennes. La France est en retard dans l’inclusion des différentes composantes au sein du travail ou des affaires politiques.

    Soyons honnêtes : depuis les attentats de Charlie Hebdo en janvier 2015 jusqu’à ce méprisable attentat touchant ce professeur de Conflains-Sainte-Honorine, quelles réponses ont été approuvées unanimement et mises en œuvre efficacement pour lutter contre l’ennemi ? Très peu.

    Quand on regarde les débats, il n’y a pas eu de réelles avancées : à chaque drame national c’est l’émotion qui domine plus que la raison même chez les responsables politiques censés apaiser et proposer des solutions puissantes. L’émotionnalisme a des effets contre-productifs créant une approbation irraisonnée des thèses, ô combien, fantaisistes et dangereuses pour nos démocraties. On ne se rend plus compte que cela fait le jeu des terroristes. C’est en fait une sorte d’effet boule de neige irresponsable que les dirigeants politiques ainsi que l’intelligence collective peinent malheureusement à enrayer même si le choc de l'instant est légitime.

    À titre d'information, tellement l'idéologie terroriste n'a aucune base rationnelle, la majorité des victimes du terrorisme dans le monde sont paradoxalement des Musulmans (au moins 80% d'entre eux) et cette information doit donner matière à réfléchir pour les esprits les plus ignorants et méprisables possible...

    « L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde » disait le regretté président Nelson Mandela.

    Cela n’a jamais été aussi vrai qu’aujourd’hui où la violence symbolique, verbale, physique et psychologique – avec une perte totale des valeurs et des principes moraux les plus essentiels à notre équilibre psychologique et spirituel – n’ont jamais été aussi accrues dans le monde, c'est très frustrant et très inquiétant !

    La liberté d’expression / d’opinion, l’ouverture des esprits / des consciences, l’agilité intellectuelle, la curiosité, l’apprentissage, la transmission et la connaissance continue sont des forces incontournables de toute société pérenne. Sans ces ressources il est inutile de demander la paix, de meilleures conditions de vie et de se plaindre que tout va mal en cherchant des boucs émissaires.

    Les enseignants sont là pour répondre aux inégalités entre les élèves ayant un capital culturel élevé et ceux venant de milieux modestes ou populaires. Présents aussi pour lutter contre la fracture numérique, nos enseignants sont aussi là pour instaurer la cohésion nationale à travers le savoir. Il faut un réel problème d'ordre psychologique pour manquer de respect à l’institution scolaire car ans cette institution c'est notre capacité de raisonner, de parler intelligiblement ou de s’instruire par les livres ou les documentaires qui serait mise à mal dans lequel règnerait les esprits ignorants ou haineux qui s'épanouissent dans le désordre moral et institutionnel.

    Le meurtre épouvantable du professeur Paty nous rappelle à quel point la vie peut basculer soudainement. Cette tuerie nous rappelle aussi à quel point l’enseignement doit être préservé et renforcé dans nos écoles profanes, religieuses, culturelles, artistiques… Je souhaite vivement qu’on crée davantage d’écoles, loin des stigmatisations, qui apprennent encore à tous les publics les valeurs humaines (partage, solidarité, ouverture, importance de la connaissance de soi / des continents...), les sciences religieuses et sociales, l'importance de l'engagement civil et politique, etc. Des écoles qui renforceraient l’institution scolaire actuelle par le partage de la pensée, par l’incubation de nouvelles idées pour la société. Des écoles vectrices de l’intelligentsia où les classes populaires et moyennes seraient majoritaires et porteuses d’un changement profond une majorité de personnes souhaite dans un monde sombre et incertain à l'ère du Covid-19. La France a besoin de confiance seulement s'il y a unité de toutes ses composantes pour mener à bien ce projet audacieux.

    En France, l'Islam, qui provoque des interrogations pour beaucoup, devrait être plus éclairante pour les consciences voulant découvrir une religion tolérante et ouverte. Cela devrait passer par la formation renforcée des imams, acteurs eux aussi de changements dans nos sociétés même si nous ne le voyons pas. Pour ce faire, comme il n'existe qu'une école française officielle, il est préférable d'avoir une multitude d'écoles prodiguant le savoir coranique et théologique par des professeurs / docteurs diplômés et certifiés.

    Pour conclure, si nous voulons que les choses bougent et s'améliorent, nous devons donc arrêter de voir les communautés comme une source d’obscurité crasse. Il faut accepter que notre monde change perpétuellement en profondeur. Le repli sur soi est un réel cancer de l’épanouissement personnel et du bien-être global. Nos hommes politiques ont donc la ferme responsabilité d’apporter des solutions qui unifient la Nation puisqu'en fin de compte, tout est lié et coordonné : si nous sommes unis au niveau sociétal, nous serons dynamiques économiquement, socialement avec une meilleure attractivité de notre pays. Ce qui a l'air simple ne l'est pas en réalité mais on ne construit pas une Nation sur des clivages inutiles de long terme malgré nos différences d'approches et de culture.

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